Par Gordon G. Chang

Le 8 mai 2003

(Minghui.org)

Des foules se rassemblent en Chine. Certaines personnes bloquent les rues; d’autres cernent et envahissent les édifices gouvernementaux et détruisent la propriété de l’État. Les autorités provinciales et locales défient les décrets de Pékin. Le Gouvernement central est-il en train de perdre le contrôle sur la République Populaire ?

Les commentateurs ont été élogieux envers le nouveau Président et Premier Ministre de la Chine parce qu’il a finalement pris des mesures décisives tardivement à la fin du mois dernier pour combattre la pneumonie atypique ou SRAS. Il n’a pas été dit qu’ils ont agi seulement après que les médecins et les infirmières chinois aient ouvertement contredit leur Gouvernement et ont rendu la continuelle non divulgation des faits, qui a duré presque six mois, insoutenable. Pour la première fois depuis dix ans, les dirigeants de la Capitale chinoise n’ont pas eu d’autres alternatives que de dire la vérité, puisque les professionnels des soins de la santé disaient tout ce qu’ils savaient aux médias étrangers et à l’Organisation mondiale de la santé.

Les gens ordinaires ont alors pris en charge cette affaire. Dans la semaine suivant l’annonce de la nouvelle campagne du Gouvernement pour contrer cette maladie, environ un million de personnes ont quitté Pékin afin d’éviter de l'attraper. Les décrets administratifs pour empêcher les départs n’ont pas marché et des contrôles stricts ont été inefficaces.

Le Ministère de la Santé savait que la migration de masse hors de la capitale mènerait à une catastrophe des soins de santé mais il ne pouvait pas agir. « Le gouvernement a tenu des réunions pendant des heures sans arriver à une décision et pendant ce temps, tout le monde s’est enfui de la ville, » a dit Bi Shengli, un virologue qui travaillait pour Zhang Wenkan, l’ancien Ministre de la Santé qui est maintenant en disgrâce.

À la suite de la paralysie gouvernementale, les gens, certains atteints de la maladie et d’autres pris de panique, se sont déployés en Chine et à l’étranger. Nombreux d’entre eux qui n’ont pas quitté se sont enfermés dans leur maison et des milliers d’autres ont été mis en quarantaine par les autorités.

Le peuple chinois semblait au début abasourdi, mais quand la panique s’est estompée, la peur s’est transformée en colère. La colère, à son tour, a mené à une nouvelle revendication. Maintenant, certains ont ouvertement demandé aux dirigeants de donner leur démission et d’autres – à Zhejiang, Henan, Tianjin et Pékin – ont marché dans les rues, s’engageant parfois dans de violentes protestations. Les villageois ont installé leurs propres obstacles dans leurs rues, en espérant empêcher les non-résidents d’apporter le SRAS dans leurs logis. À travers la Chine, certaines personnes ordinaires ont maintenant décidé qu’ils sont vraiment maîtres de leur propre destinée et n’ont pas besoin du Parti Communiste pour leur dire quoi faire.

Un mois plus tôt – avant les quarantaines de masse, les fermetures globales des bureaux d’affaires et des démissions officielles – la population chinoise se pliait à l’autorité du régime. En l’espace de quelques jours, le Parti Communiste a réussi une série de réalisations : le pays s’est joint à l’Organisation mondiale du commerce, a obtenu les Jeux Olympiques de 2008 pour Pékin et l’exposition mondiale de 2010 pour Shanghai, a donné des hauts taux de croissance économique et a entassé des surplus de commerce et des réserves étrangères stupéfiants. Le produit domestique brut pour le premier trimestre de l’année a accru par 9,9 %, ce qui est le plus haut taux de croissance du trimestre depuis 1998. Virtuellement, chaque analyste prédisait que 2003 serait une autre année extraordinaire pour Pékin. La République Populaire, tel qu’il paraissait à presque tout le monde, est finalement arrivée.

Quelques semaines plus tard, le pays est en détresse et ses dirigeants perdent leur habileté à diriger les événements. La « première épidémie mondiale du 21e siècle » ravage non seulement le peuple chinois mais aussi la croissance de la nation. J.P. Morgan Chase prédit que l’économie diminuera de 2 % dans le trimestre actuel, tandis que d’autres analystes disent que l’économie s’est immobilisée.

Il est trop tôt pour affirmer que l’effet sera sévère. Mais il est évident que la période actuelle sera la pire depuis le passage à la phase descendante qui a suivi le massacre de la place Tienanmen de 1989. Le secteur d’émergence du service, peut-être la plus grosse partie du produit domestique brut qui s’accroît à une vive allure, a subi un coup par la fermeture obligatoire des centres de loisirs et d’autres salles publiques, les restrictions sur le voyage et, ce qui est le plus important, les gens ne sont pas prêts à quitter leur domicile.

Les exportations, qui ont généré près de trois-quarts de la croissance de l’an dernier, souffriront aussi. Les ventes de la Chine au monde ne seront pas affectées durant ce trimestre actuel, mais les fermetures d’usines, un ralentissement des investissements et l’annulation des foires commerciales auront un effet négatif dans la deuxième moitié de cette année et peut-être le premier trimestre de 2004. Les observateurs ont raison de dire que le secteur de l’exportation n’a pas encore été affecté par l’épidémie. Mais ce qu’ils ne disent pas, même si l’économie de la Chine prendra beaucoup de temps à ralentir, c’est qu’elle prendra beaucoup plus de temps à reprendre sa vitesse. Comme le SRAS, les récessions ont de longues périodes d’incubation.

Mais il y a un problème plus important pour les technocrates de Pékin. Les dirigeants du gouvernement central ont réussi à produire une croissance extraordinaire dans le passé, mais ils l’ont fait par des tactiques qui, à la fin, étaient devenues insoutenables. L’incapacité du gouvernement à affronter le SRAS fait ressortir comment les économistes ont lésiné sur l’éducation, les soins de la santé et d’autres services sociaux essentiels.

Actuellement, face au malaise, le gouvernement central aura à dépenser plus afin d’offrir les services essentiels. En sus de mettre de côté 725 millions $ pour combattre l’épidémie, le nouveau Ministre de la Santé Wu Yi a récemment annoncé l’allocation de 423 millions $ pour l’établissement d’un réseau de la santé pour le peuple. Ce montant est tout simplement un premier versement du paiement pour rebâtir le système qui a été miné après des décades de négligence. La population chinoise, après la période du SRAS, demandera plus en ce qui concerne les soins de santé, l’éducation, et toutes les autres choses.

L’énorme déficit de Pékin est monté jusqu’à 27 % annuellement pendant les cinq dernières années et augmentera très rapidement car les représentants sont maintenant obligés d’injecter de l’argent dans des services essentiels qui étaient délaissés auparavant. Alors, le monde commencera à découvrir la nature précaire des finances de la Chine. Le coût du programme actuel d’incitation fiscale, qui en est à sa sixième année, a déjà propulsé la proportion du déficit du produit domestique brut dans une zone dangereuse, bien au-delà du niveau de 3 % déclaré par les statisticiens chinois.

Quand la croissance s’arrêtera en raison du SRAS, les dirigeants chinois perdront leur habilité à passer sur les problèmes inhérents au « marché du socialisme ». Les dépenses du gouvernement ne pourront pas encourager le retour à la consommation auprès des Chinois ou à forcer les étrangers à visiter ce point de radiation maximum de la maladie. À ce moment-là, le coût du renvoi des réformes structurelles, à l’opposé des réformes cosmétiques, deviendra apparent : la Chine aura encore une économie à moitié réformée, bombardée de problèmes laissés après l’ère de Mao et même quelques-uns ont été créés durant la période de réforme. Il n’y aurait probablement aucun moyen de stimuler la croissance si de grands changements ne sont pas mis en vigueur tels que le retrait du soutien accordé aux entreprises de l’état qui ne sont pas économiques et l’injection de nouveaux capitaux dans des banques d’état insolvables.

Durant la décade passée, de nombreuses personnes dans le milieu des affaires, du monde diplomatique ainsi que les observateurs de la Chine ont réussi à ne pas tenir compte des politiques non soutenues du régime, comme s’ils sont restés en transe devant l’accélération de l’activité économique au cours de plusieurs années. Cependant, cette épidémie nous a forcés à réexaminer nos hypothèses critiques relatives à la future voie de la République Populaire. Le SRAS révèle la faiblesse de l’économie chinoise et du régime lui-même. La maladie nous divulgue aussi ceci : il faut commencer à tenir compte de la population de ce pays.

Étant donné que les taux de croissance économique baissent cette année et probablement l’an prochain aussi, un gouvernement dont la légitimité est basée sur l’offre de la prospérité aura des problèmes. Alors, Pékin aura à faire face aux défis de diriger une nation devenant de plus en plus complexe. Comme le démontre l’épidémie du SRAS, les dirigeants sont toujours pris dans leur façon de penser conventionnelle. « Le Parti Communiste de la Chine a jadis dirigé une société très simple, » dit Zheng Yongnian de l’Université nationale de Singapour. « Maintenant, avec la globalisation et l’économie du marché, toute la société est mobile et les anciennes méthodes ne marchent plus. » Le monde apprend ceci : le SRAS marque la fin du cycle de la  prospérité en Chine. Nous sommes les témoins d’un moment décisif dans l’histoire de l’état chinois moderne.

Traduit au Canada le 26 mai 2003.